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Laurent COCAULT

La tour d'ivoire

La tour d'ivoire

La tour d'ivoire est la métaphore consacrée pour décrire l'isolement qui frappe les architectes logiciels et l'aveuglement qui en résulte. L'image est connue de tous ceux qui travaillent dans le développement logiciel, qu'il s'agisse des architectes ou des développeurs qui subissent des décisions erronées, détachées de toute réalité. Tous déplorent cette situation qui semble pourtant devoir se reproduire. Quels sont les mécanismes qui poussent les architectes logiciels à se retrancher dans cette tour d'ivoire dans laquelle décline et meurt leur pertinence technique ?

Si vous demandez à un développeur logiciel ce qu'il pense des architectes qui l'entourent, l'image de la tour d'ivoire sera très certainement évoquée. Le développeur expliquera que la solution technique avec laquelle il se bat au quotidien a été "pondue" par un architecte qui, sitôt la conception posée, a disparu sans se préoccuper de la validité de ses choix. Si ces témoignages ne datent pas d'hier, il peut sembler surprenant qu'on les entende encore de nos jours. Pourtant, les générations d'architectes qui se sont succédés au cours des vingt dernières années ont pour une grande majorité rejoint leur tour d'ivoire.

Connaissant ce problème, pourquoi les architectes finissent-ils par s'isoler des équipes de développement et à perdre leur pertinence technique ? Cette situation ne donnant satisfaction à personne, quels en sont les promoteurs ?

Pour expliquer cette funeste trajectoire, il est important de comprendre ce qu'est un architecte logiciel. L'oncle Bob les définit comme des développeurs qui ont acquis de l'expérience et qui savent la valoriser sur leurs projets. Un développeur est en effet tôt ou tard confronté à un choix: sa revalorisation salariale lui interdit de continuer à travailler sur des activités de développement censées ne pas exiger d'expérience significative. Il doit alors s'orienter vers une voie dite "à valeur ajoutée": il peut s'agir de l'encadrement et de la gestion de projet, de l'expertise technique, de l'expertise métier ou de l'architecture. Or cette dernière voie est souvent perçue de manière assez négative, notamment en raison de l'effet "tour d'ivoire". Les développeurs ont donc tendance à la déserter et les effectifs qui progressent vers l'architecture sont assez peu nombreux.

Face à la pénurie d'architectes qui résulte de ces choix de carrière, le management des projets se retrouve dans une situation délicate où il ne dispose pas d'assez de ressources pour mener à la fois les activités d'avant-vente, de conception et d'accompagnement des projets. Cette dernière activité est généralement celle qui est sacrifiée et les architectes sont exclusivement mobilisés sur l'avant-vente ou la conception initiale. Ils disparaissent donc par la force des choses assez tôt des projets. Ne mesurant pas les impacts de leurs choix de conception, ils sont amenés à reconduire systématiquement les mêmes approches, sans en connaître l'efficacité réelle, se détachant progressivement de la réalité et des évolutions technologiques.

Une fois encore, je suis devant le seuil de la toir d'ivoire. Une fois encore, il faudra de l'abnégation pour ne pas y entrer.

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